... Liens & Trésors pour mon école ...........................................................E-Mail pour m'écrire
... Préparatifs du départ ... ............................................................... Haut de page 5
. Dans les préparatifs, moi, je m’occupe de la Bolivie.
. Qu’y visiter, où loger, comment s’y déplacer ?
. Cela fait l’objet de longues recherches.
. Je m’inquiète un peu pour les bagages :
. chaque enfant a droit à un sac de voyage.
. Mais où vais-je donc mettre les quintaux
. de livres que je souhaite emporter ?
____________________________________________________________________________________
... Liens & Trésors pour mon école ..........................................E-Mail pour m'écrire
... En Route vers de nouvelles aventures ... .......................... Haut de page 5
...







Passons au Népal ...
Récit à lire ... (Cambodge Juin 2008) ...
Monsieur Vuth ...
Voici quelques extraits du recit de la vie de Mr Vuth.
Celui-ci a rédigé un manuscrit qu’il nous a fait lire puis a accepté de répondre à nos questions. Et quel témoignage : prenant, émouvant, révoltant !
A dater de ce jour, nous avons vécu notre séjour au Cambodge et nos diverses rencontres avec un autre regard. Et ce que nous avons vu est un peuple marqué par son histoire récente et qui vit encore dans la peur et la résignation car le régime actuel porte manifestement les empreintes du passé …
« Le salaire de mon père ne pouvait plus suffire car ma famille comptait 11 personnes : mon père, ma mère, 7 frères et 2 sœurs. Donc, j’ai dû délaisser mes études pour devenir militaire en aout 1972.
Avant de nous quitter, le maréchal Lon Nol nous dit : à l’ avenir pensez que les gens de la même maison avec le même visage et les même habits qu’ils soient riches ou pauvres seront toujours les mêmes .Je vais quitter ma patrie jusqu'à ce que mes compatriotes me rappellent .Et l’hélicoptère décolla.
Un jour que je rentrais a la maison, je vis que mon père, mon frères et ma sœur mangeaient un œuf avec de la sauce . Je demandai : papa pourquoi fais-tu cela ? Mon père répondit : pendant la guerre il faut manger comme d’habitude.
Les Khmers rouges c’est des Khmers aussi alors beaucoup de gens pensaient qu’a la fin de la guerre (en 1975), la paix serait enfin rétablie pour toujours. Ils aspiraient à la paix.
Mais, quand un Khmer rouge attrape un Khmer Lon Nol, il lui coupe le cou avec un tronc de palmier, parce que le tronc de palmier c’est comme des dents de scie.
Quand un Khmer Lon Nol attrape un Khmer rouge, il le met en prison.
Les militaires Khmers rouges défilaient sur trois rangs avec leurs armes lourdes et légères. Ma famille, moi et tous les gens applaudissaient et criaient : Bravo…..Bravo……La paix…..La paix…..La guerre est finie…..
Tout le monde croyait que c’était vraiment la paix…
Un jour, nous sommes entrés dans le champ derrière la maison pour cueillir des fruits. Alors que nous étions en train de manger, un Khmer rouge est arrivé et nous a demandé qui avait donné l’autorisation de manger les fruits. Je lui répondis que c’était la propriété de mes parents. J’ajoutai : « vous avez bien connu mes parents ».
Il acquiesça : « j’ai connu tes parents, mais maintenant toutes les choses, toi et moi sommes des enfants de l’Angkar » (l’Angkar est le service de sécurité du régime de Pol Pot). Je lui répondis : « pardon monsieur Chem, je ne savais pas ».
Ce à quoi il répondit : « avec l’Angkar, les mots pardon et merci n’existent plus ».
Les gens s’étonnaient et demandaient aux Khmers rouges :
« quand pourrons-nous rentrer en ville ? (ils avaient déplacé toutes les populations citadines dans les campagnesà).
Ceux-ci répondaient : « peut être dans trois mois et si ce n’est pas dans trois mois, ce sera dans trois ans ». En entendant cela, les gens étaient désespérés et ne posaient plus de questions.
Puis, les Khmers rouges ont commencé à former les gens par groupes.
Tout le monde devait travailler, sauf les vieillards.
Il fallait construire une route surélevée de 6 à 7 mètres de large. On dormaimt sur place. Ma famille et moi devions travailler sous le soleil du mois de mai, sans ombre. La terre etait dure comme de la pierre. Trois de mes frères sont tombés malades et ont dû rentrer à la maison. Sur le terrain, gisaient trois soldats de Lon Nol, morts comme du poisson séché. Cela sentait la mort un peu partout ……
Officiellement, les jeunes filles devaient se marier avec les soldats Khmers rouges invalides .Il faut savoir que dans le régime Pol Pot, si un couple d’épousés ne « jouait » pas les amoureux, ils étaient exécutés tous les deux. Les jeunes hommes devaient être formés comme militaires et travailler loin de leur famille sous les ordres de l’Angkar.
L’Angkar u formé un convoi spécial réservé aux intellectuels, direction Pnom Pen où un travail les attendait … Mon frère Youk Luch qui est douanier, mon neveu Youk Khorn qui est procureur et Khiek Sokoal qui est commissaire, sont rentrés à Phnom Penh avec l’Angkar, nous n’avons pas eu de nouvelles d’eux depuis. Hier, on a vu un mort flotter dans l’eau, les mains attachées et on l’a reconnu : c’était un villageois qui était rentré à Phnom Penh avec l’Angkar.
Au bord des voies on voyait des gens en tenue noire qui travaillaient dans les rizières. Le train passait et tous les travailleurs le regardaient, sans sourire, ils étaient tristes. Mes parents et tous les autres voyageurs savaient bien que ces travailleurs avaient faim.
Mon frère appelait Papa et Maman, quand un homme, un villageois, lui dit : « attention, ce sont des mots interdits, il faut dire Pok et Me, cacher toutes les photos et l’histoire de la famille. Il faut appliquer ceci par ordre de l’Angkar ».
Tout le monde comprenait que la froide politique de l’Angkar était de tuer tous les gens. Il y avait un homme âgé de 30 ans qui criait : « Si je meurs, je voudrais ne pas être né Khmer. »
L’Angkar dit : dans chaque famille il faut désigner un homme pour travailler loin de la maison .Pour ma famille, ce fut a moi de partir.
Dans le village, il y avait des morts aux yeux ouverts parce qu’ils avaient trop faim et que les cœurs s’étaient tus. Mon père disait que s’il avait un fusil il tuerait tous ses enfants, sa femme et lui. Il voulait mourir et ne plus vivre en Khmer.
A 6 heures du matin, le mercredi 23 décembre 1976, ma mère est décédée, ses yeux étaient restés ouverts et des larmes coulaient. A 7 heures elle était enterrée .
Moi je repris mon travail normalement parce que dans le régime Pol Pot si quelqu’un mourrait, il fallait l’enterrer immédiatement sans visite du médecin ou de la famille.
Du mardi 22 décembre 1975 au mercredi 23 décembre 1976, 7 personnes de ma famille étaient déjà mortes. Je pense que tous les gens qui sont morts sous le régime Pol Pot ont cessé d’être tristes et ceux qui sont restés vivants ne sont que tristesse.
Les yeux de l’Angkar sont comme les yeux de l’ananas. Tous ceux qui sont contre l’Angkar doivent mourir. La roue de la destinée tourne, si on y enfonce le bras on perd le bras. Donc que l’on veuille l’action révolutionnaire ou pas, il faut exécuter.
Ainsi, les gens qui veulent s’enfuir sont considérés comme des capitalistes.
S’ils restent, ce n’est pas gagné, s’ils disparaissent, rien n’est perdu.
L’Angkar a promis : « la nuit il y aura de l’éclairage sur les routes et les étangs.
Quand il y aura de la lumière, les insectes seront capturés car c’est la nourriture des poissons et des grenouilles. Nous aurons 3 repas par jour et du dessert 3 fois par semaine » Les gens ont applaudi et ri mais ils n’y croyaient pas, parce qu’ après la moisson, le riz a été emporté en Chine par le train. Il n’y a qu’une façon de survivre, c’est voler.
Hier, j’ai vu deux hommes avec des fusils. C’étaient des espions Khmer rouges.
Ils se cachaient pour repérer les gens :
- qui veulent traverser la frontière
- qui chantent des chants capitalistes
- qui se souviennent avec plaisir du passé
- Qui se souviennent des aliments comme le gâteau, le dessert et les choses apétissantes, les promenades sur la place ou les loisirs comme à Sihanoukville.
Tous les gens qui parlent du passé sont considérés comme des ennemis par l’Angkar.
Les chefs des bourreaux s’appellent Porn et Pak.
Porn se servait toujours d’une moto Honda C125 jaune. Quand les gens voyaient Porn aller et venir avec sa moto, ils savaient qu’il allait commettre des assassinats.
Pak avait l’habitude de prendre un cheval. Quand les gens voyaient Pak aller et venir sur son cheval, c’était pour tuer. La mort a commencé avec Porn et Pak.
Phan qui a été professeur de français et d’anglais, a pris les recueils des textes sacrés et en a fait un chapeau qu’il porte toujours sur sa tête. Il a fait cela pour montrer qu’il ne respectait pas la religion. Mais, moi je pense qu’il le porte sur sa tête parce qu’il les vénérés.
Vanna a été ingénieur. Pendant que le chef partage le riz, il note qu’il manque une part car le chef s’est trompé. Il lui dit en souriant que le riz est partagé en moins de vingt parts et qu’il y a erreur. Cette nuit la deux espions Khmer rouge l’emmènent.
Quelques jours plus tard, la femme de Vanna demande au chef : « ou est mon mari ? »
« Il doit étudier à l’Angkar d’en haut » « où est l’Angkar d’en haut ? »
Le chef lui répond d’aller chercher elle-mêm …. Les autres comme moi avons regagné notre place. Nous avons peur.
Quant à mon oncle, l’Angkar lui a demandé sa montre, il n’était pas d’accord, alors l’Angkar l’a fouillé et a trouvé son certificat D.E.S.P.C. sous sa caiss puis il l’a tué car il avait étudié et que c’était contre la révolution.
Au village Hab, l’Angkar n’a pas tué tous les soldats de Lon Nol, ils doivent remplacer les buffles pour labourer la terre.
La jeune fille avait de la fièvre et délirait, elle criait, appelait sa famille. L’Angkar l’a accusée de trahir la révolution. L’Angkar l’a tuée sur le bord de la route.
L’après midi, avec mon beau frère Tith Kea, nous allons chercher des pommes de terre. Pendant que nous creusons, nous voyons quelques militaires Khmers rouges qui portent un AK 47 mais qui marchent à reculons comme si ils se repliaient.
Vite, vite, la situation dégénère, nous portons les sacs vers notre emplacement.
Mon frère Youk Sophany pleure, la femme de Tith Kea aussi et nous dit que tout le monde a rejoint les militaires vietnamiens, que si il reste des Khmers rouges, on leur coupe la tête. Il faut y aller. Mon beau père parle correctement avec les militaires, en vietnamien.
A la fin du mois d’avril 1979, nous sommes enfin libérés, après 3 ans, 8 mois et 20 jours ….
« Un bienfait n’est jamais perdu »
« L’homme n’est pas parfait »
« Autre temps autres mœurs »
« Aide toi le ciel t’aidera »
Les extraits ont été écrits par monsieur Vuth, un Cambodgien d’une grande gentillesse (voir la photo en première et dernière page) qui a vécu sous le régime de Pol Pot.
La famille de Monsieur Vuth se composait de douze personnes, dont huit sont mortes de famine, d’assassinat, de torture, de conditions sanitaires horribles sous le régime de l’Angkar.
Un de ses frères, âgé de 8 ans a subi les tortures de l’Angkar.
Propos recueillis par Romane Cloquet
lors de mon séjour à Siem Reap en juin 2008
Monsieur Vuth et son tuk tuk (photo ci-dessous)
Il ne nous a pas seulement conduits d’un temple à l’autre,
il nous a guidés
au travers de son histoire et des méandres du passé de son peuple.
Merci Mr Vuth pour ce témoignage sincère et tellement poignant.
A quand la publication de votre livre ?
-------------------------------------------------------------------------------
... à suivre ... du bout du monde ...
....................................................................................................................... Haut de page 5
......................................................................................................................... E-Mail pour m'écrire